« Kemtiyu », un film hommage à Cheikh Anta Diop

Par LAETITIA KOMBO

« C’est mon cadeau d’anniversaire’ » a déclaré Ousmane William Mbaye, ému, suite aux longs applaudissements qui ont suivi la première internationale de son film Kémtiyu – Séex Anta. Entre deux projections africaines le réalisateur s’est rendu au Théatre Outrement de Montréal pour le présenter dans la catégorie ‘’Documentaire du Monde’’ du Festival des Films du Monde mercredi soir.

‘‘Kémtiyu est un projet que je mûris depuis longtemps’’ confie William M’Baye pensif lors de notre rencontre impromptue dans un café de la rue Bernard. En effet, avant de s’attaquer à Cheikh Anta Diop, le documentariste avait déjà réalisé pas moins de neuf films. Parmi eux Le Président Dia, qui rendait hommage à  une autre figure majeure de la politique Sénégalaise. Comme l’a rappelé Aziz Fall, politologue et professeur à l’Université Mc Gill, c’est avec très peu d’archives vidéographiques que le réalisateur s’est attelé à produire cette pièce .Trente ans après la disparition d’Anta Diop, Kémtiyu est le premier film à s’y consacrer. L’attente aura été fructueuse et  le  projet a vu le jour sous la forme d’un documentaire instructif et touchant.

Faire connaître au delà de la légende

Selon Ousmane William M’Baye, « beaucoup de jeunes aujourd’hui se réclament de Cheickh Anta Diop mais ne le connaissent pas. Le but de ce film est donc de partager qui il était. » Ainsi, si introduire la figure d’Anta Diop était son but, alors le documentaire est un pari réussi.  La précision du portrait est rendue intelligible par un montage captivant signé Laurence Attali. A travers des témoignages aussi variés qu’exaltés, la figure de Cheikh Anta Diop se dessine. Apparaît alors un homme mythique, acharné de travail et profondément amoureux du savoir. Et ce n’est pas exagérer : En plus a été d’avoir été le premier à traduire les mathématiques en wolof, Diop en a aussi créé l’alphabet. La thèse qu’il a soutenu en 1960 a eu un retentissement dans l’ensemble du « Monde Noir », de la Guadeloupe aux États-Unis comme il l’est montré dans le film. Révolutionnaire et controversé – la France en avait à l’époque interdit l’enseignement dans les colonies – ce travail tend à démontrer la racine Africaine de l’humanité aussi bien que l’identité Nègre des civilisations Egyptienne. A chaque instant du documentaire  l’accent est mis sur portée la colossale de son œuvre qui visait tant la restauration du prestige historique de l’Afrique que l’édification d’une mémoire collective émancipée de l’enseignement coloniale.

Un portrait nuancé et édifiant 

M’Baye ne fait pas aucune impasse sur les différentes facettes du personnage. Interviennent au gré des séquences son épouse Louise Marie Maés – disparue le 4 mars dernier-, son fils Cheikh M’Baké Diop, ses anciens camarades et disciples des rues de Thietou aux bancs de la Sorbonne, mais aussi, l’auteur guadeloupéen Ernest Pépin, le musicien New-Yorkais Randy Weston ou la professeure Mame Sow Diouf. Le visage d’un père amant et d’« un esprit extraordinairement rebelle» selon les mots de Boubacar Boris Diop.

‘’Il a réussi à nous faire pleurer’’ a avoué le professeur Aziz Fall au terme du film, micro à la main. C’est que du documentaire ressortent une sincérité et une objectivité telles que semble ressusciter le professeur Cheickh Anta Diop le temps de quatre-vingt-quatorze minutes.

Le film sera traduit en 30 langue et sera diffusé sur TV5 Monde dès décembre.

 

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